À peine plus d’un an après la sortie de leur deuxième album The Dream Trap sur notre label, le duo américain originaire de Chicago exilé en Aveyron AM Higgins revient avec un troisième album qui marque un tournant dans la trajectoire du groupe.
Intitulé Tender Mercies, ce nouveau disque s’est imposé à Annie Meredith Higgins dans un véritable élan créatif. Profondément bouleversée par l’évolution politique de son pays d’origine depuis les dernières élections de 2024, la compositrice américaine aurait pu répondre par la colère. Elle choisit au contraire d’explorer une autre forme de résistance : la tendresse. Une tendresse qu’elle considère comme une force capable de résister au fracas du monde, et dont les femmes sont souvent les plus puissantes ambassadrices.
« Je n’ai jamais appris à renforcer cette part de tendresse qui m’habite. Il y a plusieurs décennies, mon thérapeute voulait que je travaille là-dessus, mais je n’ai jamais su comment m’y prendre. Aujourd’hui, à la quarantaine, je suis reconnaissante que la tendresse de ma jeunesse soit toujours vivante en moi. Ce recueil de chansons célèbre cette tendresse universelle qui réside en chacun de nous. Il met en lumière cette tendresse pour en faire une force. Certaines de ces chansons racontent l’histoire de femmes dont la tendresse a discrètement changé le monde à une échelle très locale, et expliquent comment la tendresse garde nos cœurs ouverts pour que nous puissions aimer – en particulier lorsque nous imaginons à quoi pourrait ressembler un monde nouveau. »
En réfléchissant à ces chansons et aux femmes qui les ont inspirées, Annie a ressenti le besoin de rassembler davantage de voix féminines autour de ce projet. Elle a ainsi invité My Brightest Diamond et Nadine Khouri à participer à l’album, deux artistes avec lesquelles elle avait partagé la scène lors d’une tournée européenne en 2025.
« Leur talent artistique ainsi que leur authenticité, chacune à sa manière, m’ont inspirée à faire un travail d’introspection pour découvrir quels sons m’étaient propres. Ce que j’ai trouvé en moi, ce sont les sons de ma jeunesse : un piano brut et imparfait, une batterie naturelle, des synthés ondulants, beaucoup de graves et beaucoup de son ambiant. J’ai donc voulu garder un aspect naturel et brut, sans rechercher la perfection. »
Cette quête de sincérité ne s’arrête pas à l’écriture. Elle irrigue également toute la production de Tender Mercies. Enregistré en huit jours dans une ancienne grange des Pyrénées ariégeoises transformée en maison, l’album privilégie les prises directes, les résonances naturelles et une proximité presque physique avec les musiciens. Chaque chanson donne le sentiment d’être jouée dans la même pièce que l’auditeur, sans jamais sacrifier la finesse de la production. Dix ans plus tôt, c’est dans cette même région qu’Annie et Jason Toth étaient tombés amoureux de la France rurale avant de décider de s’y installer définitivement. Enregistrer ce disque dans ce lieu si symbolique était pour eux une manière de refermer un cercle ouvert une décennie auparavant.
Au regard de son propos, il était essentiel pour le groupe que Tender Mercies paraisse avant les élections américaines de mi-mandat du 4 novembre 2026. Annie souhaitait insuffler de la tendresse dans une époque dominée par les fractures, les peurs et les discours de confrontation.
L’album se déploie ainsi en deux mouvements de six chansons : PROTEST et PEACE. Deux univers musicaux volontairement distincts qui ne s’opposent pas mais se répondent, comme les deux faces indissociables d’un même engagement. L’une exprime l’indignation et le refus ; l’autre ouvre un espace d’apaisement, de réparation et d’espérance.
« J’ai réuni deux univers sonores distincts sur un même disque pour symboliser l’interdépendance entre ces éléments opposés. »
La dernière chanson de la face PROTEST, When I Leave, revêt une dimension particulièrement intime puisqu’il s’agit d’une réinterprétation d’un morceau écrit il y a plusieurs décennies par son père, John Higgins, auquel Annie offre ici une nouvelle vie grâce à un arrangement profondément personnel.
Sur ces nouveaux enregistrements, Annie retrouve naturellement son compagnon Jason Toth à la batterie (The Handsome Family, Daniel Knox), désormais rejoint par Paul Bessenbacher à la basse (Opus Orange),My Brightest Diamond aux chœurs, Nadine Khouri à la guitare et le duo de jazz improvisé Black Diamond aux instruments à vent. Artie Black signe notamment les arrangements de saxophones sur When I Leave.
À une époque où la colère occupe souvent tout l’espace, AM Higgins choisit un autre langage : celui d’un cœur ouvert aux autres, de l’empathie et de l’écoute. Sans jamais renoncer à l’engagement, Tender Mercies rappelle que la tendresse n’est pas une faiblesse mais une force capable d’ouvrir des brèches dans le vacarme du monde. Portées par une écriture lumineuse et une production volontairement organique, ces douze chansons dessinent sans doute le disque le plus intime et le plus engagé du duo américain.