Ces chansons de The Mikes ont été enregistrées en pure autonomie par The Mikes, chacun dans son unité respective, par leurs propres soins palliatifs. L’ensemble a été rendu présentable à la famille par Patrick Muller qui a su calmer les ardeurs de tout le monde et garantir une harmonie sonique d’ensemble.
Chacune de ces compositions contient son propre cast de personnages et d’emprunts. Comme une série de courts-métrages tournés dans un bac à compost.
1/ Débris est une chanson qui passe son temps à couper la chique. Surtout à Mike Brant (véridique).
C’est le confort ouaté d’une ligne de basse qui descend le couplet et qui remonte le refrain. Comme si un connard avait appuyé sur tous les boutons de l’ascenseur avant de descendre la chanson à pied. C’est comme un excellent remake d’un tube qui n’existait pas encore ; c’est comme des viscères sur du velours.
2/ Solo propose une mélodie pianistique digne des Zombies, mais chantée par un vrai zombie. Le sample rythmique de Broadcast + la guitare et le clavier Moog joués par un troisième Mike (Michael Wookey, du groupe Michael Wookey) font de cet enregistrement le certificat de naissance d’un nouveau genre musical : « L’emo-electro ». Les paroles de la chanson ont l’air d’emprunter Mulholland Drive à toute balle, mais ils ont récemment rajouté des dos d’ânes.
3/ N’en parlons plus. Où un arrangeur essaie tant bien que mal de proposer des idées de plus en plus convaincantes et fournies dans le but de sauver quelqu’un qui s’en tape.
4/ Mon prince est la chanson d’amour du disque qui en comporte en fait plusieurs. La belle histoire de Blanche-Neige et les 7 mercenaires.
5/ Aucun mot. Polyrythmie complexe alors que c’est juste des mains qui s’entrechoquent + des voix qui ne disent rien de spécial et qui ne s’attendaient sûrement pas à se retrouver là + une balançoire de piano entre deux octaves. Et tous ces derniers, ce n’est encore que le lit de la chanson. La voix couchée dedans a de la fièvre.
6/ Comptine vide. Non, rien, du vide. De la musique fonctionnelle, festive par contrat, renouvelée chaque année. Le tout interprété par Tino Roussi et son orchestre de petits fantassins.
7/ L’étoile du chagrin est le final majestueux où on nous balance les quatre vérités :
* L’amour a disparu
* Nick Cave a les cheveux teints
* Pédalo dans la semoule
* Le sample incroyable de la chanson a été composé par un musicien portugais dont la page Wikipedia n’a jamais été traduite.
Ça fait mal, mais tout est vrai.
Flavien Girard
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Mottet, source inépuisable de projets indés, opère cette fois en duo avec son vieux complice stéphanois Mika Pusse, dont l’expression vocale est le point de départ de ce projet si spécial : « une pop de crooner dégueulasse », sur fond d’influence d’Earl Sweatshirt et de musique orchestrale sixties et seventies. MAGIC #86 – 28 Mars 2024
Une pincée de Miossec (le phrasé), de Biolay (la suavité désincarnée), de Gainsbourg (le rien à foutre) sur N’en parlons plus et son piano bastringue nimbé de cordes sixties ; des guitares post-Cure à l’urgence stationnaire et un chant languide aux basses incarnées À DÉCOUVRIR ABSOLUMENT
The Mikes est le dernier projet en date de Mickaël Mottet, moitié de Lion in Bed dont nous vous disions tellement de bien en 2023. Mottet, source inépuisable de projets indés, opère cette fois en duo avec son vieux complice stéphanois Mika Pusse, dont l’expression vocale est le point de départ de ce projet si spécial : « une pop de crooner dégueulasse », sur fond d’influence d’Earl Sweatshirt et de musique orchestrale sixties et seventies.
N’en parlons plus. La phrase générique préférée de ceux qui éludent, fuient, pardonnent à moitié. On referme le couvercle et on passe à autre chose, sauf que c’est faux, l’amertume ronge, moisit tout, éclate plus tard et ne laisse que des Débris : « Les ruines cauchemars / Des matins dévastés / Si tristes et si noirs / Qu’on voudrait bien crever ». Le ton est donné, The Mikes – soit Mika Pusse, échappé du groupe Pikpus, et Mickaël Mottet, aux commandes de (entre mille autres projets) Angil and the Hiddentracks – vont, avec leur premier album, publié par le label toulousain We Are Unique! Records (Michael Wookey, Le Flegmatic, Saffron Eyes), vous péter le moral. Sauf qu’à coups de samples bien sentis et d’arrangements inattendus, une certaine idée du plaisir coupable nourrit les sept compositions de N’en parlons plus, portées par un chant aussi blasé qu’espiègle, qui rappelle les savoureuses excursions d’Arnaud Le Gouëfflec en terres absurdes. Une pincée de Miossec (le phrasé), de Biolay (la suavité désincarnée), de Gainsbourg (le rien à foutre) sur N’en parlons plus et son piano bastringue nimbé de cordes sixties ; des guitares post-Cure à l’urgence stationnaire et un chant languide aux basses incarnées (Mon Prince) ; une rengaine ralentie désarticulée à la lisière de la transe organique (Aucun mot) ; Comptine vide, digression à la fois inquiétante et comique rappelant le meilleur de Sesame Street (souvenir d’une virée nocturne à Amsterdam, chantonnant à tue-tête sur mon vélo le merveilleux C is for the cookie). « L’amour a disparu / Nick Cave a les cheveux teints » : en mood Tom Waits, la ternaire ballade bancale L’étoile du chagrin s’avère sans concessions et clôt un album dont la devise pourrait être « du fun dans la noirceur, ou l’inverse, je ne sais plus ».